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Moving to cloud computing : choisir la bonne stratégie entre lift and shift, replatforming et refactorisation

Élise Desforges-Lacombe 8 min de lecture

Passer au cloud ne consiste pas seulement à déplacer des serveurs d’un centre de données vers AWS, Google Cloud ou Microsoft Azure. Une démarche de moving to cloud computing engage l’architecture, les coûts, la sécurité, les applications métier et la façon dont les équipes IT travaillent avec les métiers. Le vrai sujet n’est donc pas “faut-il migrer ?”, mais “quoi migrer, dans quel ordre, avec quel niveau de transformation et sous quelle gouvernance ?”.

Ce que recouvre vraiment une migration vers le cloud

La migration vers le cloud désigne le transfert de charges de travail informatiques vers un environnement cloud : applications, bases de données, machines virtuelles, stockage, services réseau, outils de sauvegarde ou plateformes analytiques. Le point de départ peut être un centre de données sur site, un hébergement privé, un cloud public déjà en place ou une architecture hybride.

Dans une entreprise, tous les actifs ne se déplacent pas de la même façon. Une application récente, bien documentée et faiblement couplée à d’autres systèmes sera plus simple à migrer qu’un ERP historique connecté à des interfaces anciennes, des traitements batch et une base de données critique. C’est pourquoi l’inventaire initial est déterminant : il permet de repérer les dépendances, les volumes de données, les contraintes de performance, les exigences réglementaires et les fenêtres d’interruption acceptables.

On-premise, cloud-to-cloud ou hybride : trois réalités différentes

Une migration on-premise vers un cloud public vise souvent à réduire la dépendance au matériel, à améliorer la scalabilité et à transformer des dépenses d’investissement, ou CapEx, en dépenses d’exploitation, ou OpEx. Une migration cloud-to-cloud répond plutôt à un besoin de meilleures fonctionnalités, de rationalisation fournisseur, de réduction du vendor lock-in ou d’alignement avec une nouvelle stratégie groupe.

L’hybride, lui, n’est pas un compromis par défaut. Il peut être une étape de transition ou un choix durable lorsque certaines données doivent rester dans un environnement contrôlé, tandis que d’autres services profitent de l’élasticité du cloud public. Cette approche demande toutefois une attention particulière au réseau, aux identités, à la supervision et à la cohérence des politiques de sécurité.

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Pourquoi les entreprises migrent : bénéfices attendus et arbitrages réels

Les motivations sont généralement à la fois techniques et business. Le cloud permet d’allouer des ressources à la demande, d’accélérer les déploiements, d’améliorer la disponibilité et d’accéder à des services managés, notamment pour les bases de données, l’analyse de données, l’IA ou le machine learning. Certains fournisseurs proposent plus de 200 services, ce qui ouvre des possibilités de modernisation difficiles à reproduire dans un centre de données interne.

Mais le cloud n’est pas automatiquement moins cher. Il devient économiquement intéressant lorsqu’il est piloté : dimensionnement adapté, extinction des ressources inutilisées, choix de bonnes classes de stockage, supervision des coûts et pratiques FinOps. Sans gouvernance, une migration rapide déplace la complexité au lieu de la résoudre.

Le coût ne se limite pas à l’hébergement

Le budget doit intégrer la préparation, les tests, les transferts de données, les licences, la montée en compétence, l’accompagnement externe éventuel et l’optimisation post-migration. Pour un grand abandon de centre de données, la planification peut prendre plus d’un an, notamment lorsque les applications sont nombreuses, interdépendantes ou peu documentées.

La bonne lecture financière consiste à comparer le coût total de possession actuel avec le coût d’exploitation cible. Le passage de CapEx à OpEx apporte de la flexibilité, mais impose aussi une discipline continue : tags de facturation, budgets par équipe, alertes, revues régulières et responsabilisation des propriétaires applicatifs.

Sécurité et conformité : un partage des responsabilités

Les fournisseurs cloud sécurisent l’infrastructure du cloud, mais l’entreprise reste responsable de ses configurations, de ses accès, de ses données et de ses usages. Une architecture sécurisée implique donc chiffrement, MFA, gestion stricte des identités, segmentation réseau, journalisation, sauvegardes testées et principes Zero Trust lorsque le contexte le justifie.

La conformité doit être pensée dès la conception : localisation des données, durées de conservation, traçabilité, habilitations, réversibilité et auditabilité. Repousser ces sujets après la migration expose à des corrections coûteuses, voire à des blocages lors de la mise en production.

Choisir une stratégie de migration sans tomber dans le réflexe automatique

La stratégie dépend du niveau de transformation souhaité, du temps disponible, de la criticité de l’application et de la dette technique existante. Les approches dites “7R” sont utiles pour qualifier chaque charge de travail au lieu d’appliquer une méthode unique à tout le portefeuille.

Stratégie Principe Quand l’utiliser Point de vigilance
Réhébergement Déplacer presque tel quel, souvent appelé lift and shift Migration rapide, fin de contrat datacenter, faible temps disponible Peu de gains natifs cloud si rien n’est optimisé ensuite
Replatforming Adapter certains composants sans réécrire l’application Passer vers une base managée ou un service PaaS Nécessite des tests fonctionnels et de performance sérieux
Refactorisation Repenser l’application pour exploiter le cloud Application stratégique, besoin de scalabilité ou de résilience Effort plus élevé, planning plus long, forte implication métier
Rachat Remplacer par une solution SaaS CRM, collaboration, outils standards ou processus peu différenciants Conduite du changement et reprise de données à anticiper
Retrait Décommissionner ce qui n’a plus de valeur Applications obsolètes, doublons, usages disparus Valider les dépendances avant suppression
Retenir Reporter volontairement la migration Contraintes réglementaires, dette excessive, refonte prévue Documenter la décision pour éviter l’immobilisme
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La clé d’une migration réussie ressemble moins à un gros bouton “transférer” qu’à un trousseau bien organisé. Chaque application demande la bonne clé d’ouverture : une pour accéder aux dépendances, une pour déverrouiller les données, une autre pour sécuriser les identités, une autre encore pour maîtriser les coûts. Si l’on force la même clé partout, on finit par abîmer la serrure : incidents, surcoûts, performances dégradées ou architecture difficile à faire évoluer. Cette image aide souvent les comités de pilotage à comprendre qu’une trajectoire cloud n’est pas un inventaire de serveurs, mais une succession d’autorisations, de contrôles et de choix d’accès au bon niveau de modernisation.

Construire un projet de migration crédible, vague par vague

Un projet solide commence par une évaluation de l’existant : cartographie applicative, dépendances, criticité, contraintes de données, coûts actuels, niveau d’obsolescence, risques et compétences disponibles. Cette phase évite de migrer à l’aveugle et permet de classer les applications par vagues cohérentes.

Planifier l’architecture cible avant le premier transfert

La planification ne se limite pas au calendrier. Elle définit les comptes ou abonnements cloud, les réseaux, les règles d’accès, les environnements, les sauvegardes, la supervision, les modèles de déploiement et les standards de sécurité. C’est aussi le moment de choisir un framework d’adoption cloud, de préparer une checklist de migration et d’identifier les outils du fournisseur ou des partenaires tiers.

Les équipes impliquées doivent être clairement nommées : DSI, architectes cloud, responsables sécurité, exploitants, métiers, finance, conformité et partenaires. Une migration ne doit pas rester un sujet purement infrastructure, car les arbitrages touchent souvent la disponibilité d’un service, l’expérience utilisateur ou la continuité d’activité.

Migrer, tester, valider, puis optimiser

La migration par vagues réduit le risque : commencer par des charges de travail moins critiques, tester les procédures, ajuster les modèles de sécurité et améliorer les scripts avant de traiter les systèmes sensibles. Chaque vague doit comporter des critères de succès mesurables : performance, intégrité des données, reprise après incident, temps de bascule, supervision et acceptation métier.

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Après la bascule, le travail continue. Optimiser signifie redimensionner les ressources, automatiser les déploiements, supprimer les composants inutiles, moderniser progressivement vers PaaS ou SaaS et renforcer la gouvernance. Une application réhébergée peut ensuite être replatformée, puis refactorisée si le gain métier le justifie.

Accompagnement, gouvernance et erreurs à éviter

Migrer seul est possible pour des périmètres limités et des équipes déjà matures. Pour un portefeuille complexe, l’appui d’un fournisseur cloud, d’un partenaire certifié ou d’un cabinet spécialisé apporte une méthode, des accélérateurs, des retours d’expérience et une capacité de validation indépendante. Les outils de migration facilitent l’analyse et le transfert, mais ils ne remplacent pas les décisions d’architecture.

Les erreurs les plus fréquentes sont connues : sous-estimer les dépendances, négliger la sécurité des identités, oublier la réversibilité, migrer sans modèle FinOps, reproduire une architecture on-premise trop lourde, ou traiter la migration comme un projet ponctuel plutôt qu’un changement durable d’exploitation.

La gouvernance cloud doit donc encadrer les choix dès le départ : standards de nommage, politiques d’accès, gestion des secrets, budgets, conformité, supervision, sauvegardes, cycle de vie des données et procédures de décommissionnement. C’est cette discipline qui transforme le passage au cloud en levier de modernisation plutôt qu’en simple déménagement technique.

Avant de lancer un projet de moving to cloud computing, la meilleure décision consiste souvent à sélectionner un périmètre pilote, à prouver la méthode, puis à étendre progressivement. Le cloud récompense les organisations qui avancent avec une vision claire, des garde-fous solides et une capacité d’apprentissage continue.

Élise Desforges-Lacombe

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