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Analyse de l’existant : 5 angles à auditer avant de définir la solution cible

Élise Desforges-Lacombe 8 min de lecture

L’analyse de l’existant sert à comprendre précisément comment une organisation fonctionne aujourd’hui avant de décider ce qu’il faut changer. Elle intervient en amont d’un projet, avant l’analyse des besoins détaillée et avant l’analyse des écarts. Son objectif n’est pas de produire un inventaire décoratif, mais de documenter les processus, les acteurs, les systèmes, les contraintes et les limites qui conditionneront la solution cible.

À quoi sert vraiment une analyse de l’existant ?

Dans un projet métier, digital, organisationnel ou SI, l’analyse de l’existant est une phase de diagnostic. Elle consiste à auditer les processus existants, les solutions informatiques utilisées, les flux de travail, les interactions entre systèmes et les pratiques réelles des équipes. Elle permet de distinguer ce qui fonctionne, ce qui freine l’activité et ce qui devra être conservé, simplifié, remplacé ou mieux encadré.

Quiz : L’analyse de l’existant

Elle est généralement réalisée avant l’initialisation du changement ou au tout début du cadrage. À ce stade, la tentation est souvent de parler directement de la future solution, qu’il s’agisse d’un nouvel outil, d’un nouveau portail, d’une automatisation ou d’une refonte de processus. C’est précisément le risque. Sans lecture fiable de la situation actuelle, l’organisation peut construire une stratégie à l’aveugle, sous-estimer les interdépendances ou oublier des contraintes réglementaires, légales ou opérationnelles.

Une base pour l’analyse des besoins et des écarts

L’analyse de l’existant prépare deux étapes clés : l’analyse des besoins et l’analyse des écarts. La première clarifie ce que les métiers attendent réellement de la solution cible. La seconde compare l’état actuel à l’état souhaité pour identifier les manques, les doublons, les risques et les priorités. Plus l’existant est documenté avec précision, plus les arbitrages deviennent factuels.

Un bon diagnostic évite aussi de confondre symptôme et cause. Un délai de traitement trop long peut venir d’un outil inadapté, mais aussi d’une validation manuelle, d’une donnée saisie plusieurs fois, d’un manque de responsabilité claire ou d’une règle métier devenue obsolète. Cette distinction change complètement la suite du projet.

Les 5 angles à auditer pour couvrir le bon périmètre

Une analyse de l’existant pertinente ne se limite pas à décrire un logiciel ou un organigramme. Elle doit croiser plusieurs dimensions pour comprendre l’environnement complet du projet. Les 5 angles suivants offrent une trame robuste, utilisable par un business analyst, un chef de projet, un consultant métier ou une équipe de transformation. Chacun apporte une lecture différente du même réel.

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1. Le contexte stratégique, légal et réglementaire

Il faut d’abord situer le projet dans son environnement. L’organisation suit-elle un plan stratégique, une feuille de route groupe, une obligation réglementaire ou une contrainte contractuelle ? Existe-t-il des normes, des exigences de traçabilité, des règles de sécurité ou des délais imposés ? Ces éléments définissent le cadre dans lequel la solution cible devra s’inscrire.

Cette étape permet aussi d’identifier les limites externes : dépendance à un partenaire, sous-traitance, répartition géographique des équipes, contraintes budgétaires, calendrier imposé, maturité digitale variable selon les sites. Ces informations évitent de proposer une cible séduisante mais irréaliste. Elles servent aussi à hiérarchiser ce qui peut évoluer vite et ce qui doit rester stable.

2. Les acteurs et leurs interactions avec le système

Il convient ensuite de cartographier les parties prenantes : utilisateurs finaux, responsables métier, approbateurs, administrateurs, équipes support, équipes IT, prestataires, clients internes ou externes. Pour chacun, il faut comprendre son rôle, ses décisions, ses irritants et ses interactions avec les outils ou processus existants.

La question n’est pas seulement « qui utilise quoi ? », mais « qui déclenche, qui contrôle, qui valide, qui reçoit l’information et qui subit les erreurs ? ». Cette lecture révèle souvent des zones de flou : responsabilités non formalisées, validations en doublon, dépendance à une personne clé, contournements par tableur ou échanges informels. Elle aide aussi à repérer les points de friction entre métiers et IT.

3. Les processus, flux et solutions informatiques

L’audit doit décrire les processus de bout en bout : événements déclencheurs, étapes, règles métier, données utilisées, décisions, exceptions, livrables produits. Il faut aussi analyser l’architecture actuelle du système d’information dans le périmètre du projet : applications concernées, interfaces, bases de données, fichiers échangés, automatisations, traitements manuels et interdépendances avec les systèmes externes.

Un processus peut sembler simple sur le papier et devenir très sensible dans la pratique. Chaque mail, validation, export, API, tableur ou règle de gestion crée une dépendance. Si l’on modifie une seule étape sans voir l’ensemble, on peut provoquer une perte de traçabilité, une rupture de flux, une surcharge d’un service support ou une donnée incohérente dans un outil aval. C’est souvent là que se cachent les difficultés réelles.

Les informations à collecter et les questions à poser

La collecte doit combiner entretiens, observation terrain, analyse documentaire, extraction de données disponibles et sessions de feedback avec les parties prenantes. L’objectif est de confronter les processus théoriques aux usages réels. Une procédure peut être parfaitement écrite et pourtant contournée chaque jour parce qu’elle est trop lente, mal comprise ou incompatible avec les outils disponibles. C’est ce décalage qu’il faut documenter.

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Thème d’audit Questions utiles Éléments à documenter
Contexte Quelles contraintes stratégiques, légales ou réglementaires encadrent le projet ? Objectifs, obligations, limites internes et externes
Acteurs Qui réalise, approuve, consulte ou reçoit l’information ? Rôles, responsabilités, irritants, niveaux de décision
Processus Quelles étapes sont critiques pour l’activité ? Où apparaissent les retards ? Flux de travail, exceptions, validations, tâches manuelles
Système d’information Quels outils sont utilisés et comment communiquent-ils entre eux ? Applications, interfaces, données, interdépendances
Besoins métier Quels besoins principaux et secondaires sont déjà couverts ? Lesquels restent insatisfaits ? Fonctionnalités existantes, manques, doublons, priorités

Prioriser au lieu de tout décrire au même niveau

Une erreur fréquente consiste à documenter tous les détails avec la même intensité. Or l’analyse de l’existant doit rester utile à la décision. Il faut donc hiérarchiser les informations selon leur criticité : impact sur l’activité, fréquence d’utilisation, risque réglementaire, coût de maintien, dépendance technique, insatisfaction utilisateur ou contribution à la performance.

Par exemple, une fonctionnalité utilisée chaque jour par une équipe entière mérite une analyse plus poussée qu’un écran rarement consulté. De même, un flux lié à la facturation, à la conformité ou à la relation client doit être traité avec plus d’attention qu’une tâche administrative mineure. Ce tri permet de garder un document lisible et directement exploitable.

Les livrables attendus d’une analyse de l’existant

Le livrable principal est généralement un rapport d’analyse, mais celui-ci peut prendre plusieurs formes selon la taille du projet. L’important est qu’il soit compréhensible par les métiers comme par les équipes techniques, et qu’il permette de préparer des décisions concrètes. Un bon livrable sert à la fois de référence et d’outil de discussion.

  • Une synthèse du contexte : objectifs du projet, périmètre, contraintes, hypothèses et limites connues.
  • Une cartographie des acteurs : rôles, responsabilités, interactions, circuits de validation et zones de dépendance.
  • Une description des processus existants : étapes, flux, irritants, exceptions et points de rupture.
  • Une vue de l’architecture actuelle : applications, interfaces, données, systèmes externes et dépendances techniques.
  • Une analyse des besoins actuellement couverts : besoins métier principaux, besoins secondaires, fonctionnalités utilisées et contournements.
  • Une première analyse des écarts : manques, limites, doublons, risques et opportunités d’amélioration.
  • Des recommandations : pistes de simplification, sécurisation, automatisation, maintien ou remplacement.
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Un rapport utile doit être validé

La validation par les parties prenantes est indispensable. Elle ne sert pas seulement à obtenir un accord formel ; elle permet de corriger les angles morts, de confirmer les irritants et d’éviter qu’une interprétation isolée devienne une vérité de projet. Une session de restitution courte, structurée par grands constats, facilite l’adhésion et prépare les arbitrages.

Il est aussi pertinent de prévoir une mise à jour continue des données lorsque le projet s’étale dans le temps. Un outil remplacé, une nouvelle contrainte réglementaire ou une réorganisation peuvent modifier l’état de l’existant avant même le lancement de la solution cible. Le rapport doit donc rester vivant, au moins jusqu’au cadrage final.

Passer du diagnostic aux recommandations sans perdre le fil

Une analyse de l’existant réussie ne s’arrête pas au constat. Elle doit ouvrir vers une trajectoire d’amélioration. Pour cela, chaque faiblesse identifiée doit être reliée à un impact et, si possible, à une piste d’action. Un irritant utilisateur devient plus exploitable lorsqu’il est associé à une cause probable, un risque métier et une option de traitement. C’est ce lien qui donne de la valeur au diagnostic.

  1. Constater : décrire objectivement ce qui existe aujourd’hui.
  2. Qualifier : mesurer l’importance du sujet selon la criticité, la fréquence et le risque.
  3. Comparer : rapprocher l’existant des besoins exprimés et de la solution cible envisagée.
  4. Recommander : proposer des actions réalistes, priorisées et alignées avec les contraintes.
  5. Planifier : transformer les recommandations en initiatives d’amélioration ou en chantiers projet.

La qualité d’une analyse de l’existant se voit à sa capacité à clarifier les décisions. Elle doit permettre de dire ce qu’il faut conserver, ce qu’il faut corriger, ce qu’il faut abandonner et ce qu’il faut approfondir. Bien menée, elle devient le socle commun entre métiers, direction projet et équipes techniques, avant de passer à l’analyse des besoins détaillée et à l’analyse des écarts.

Élise Desforges-Lacombe

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